Entre Solenzara et Porto-Vecchio, la route ne fait qu’une soixantaine de kilomètres. Pourtant, il serait dommage de la parcourir d’une traite. Cette portion de la côte orientale concentre plusieurs belles plages de Corse, des villages marins, des forêts de montagne et quelques sites naturels qui méritent largement une demi-journée, voire une journée entière.
L’itinéraire le plus direct suit la T10, l’ancienne route nationale qui longe la côte. Comptez environ 1 h 15 sans arrêt entre Solenzara et Porto-Vecchio, selon la circulation. En juillet et en août, ce temps peut facilement doubler autour de Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio et de l’entrée de Porto-Vecchio. Mon conseil est simple : partez tôt, gardez les chaussures de marche dans la voiture et ne cherchez pas à tout faire en une seule journée. Entre les plages, les détours vers les villages et les baignades, les kilomètres passent vite.
Solenzara, un bon point de départ entre mer et montagne
Solenzara, ou Sari-Solenzara, est installée à l’embouchure de la Solenzara. La commune possède une atmosphère plus animée et plus pratique que certaines stations balnéaires voisines : commerces, restaurants, port de plaisance et accès rapide aux aiguilles de Bavella.
Avant de prendre la route vers Porto-Vecchio, une promenade sur le port permet de profiter d’un premier aperçu de la côte. La plage de Solenzara, située près du centre, est facile d’accès et pratique pour une baignade avec des enfants. Elle n’a pas le caractère sauvage de certaines criques plus au sud, mais son accès immédiat est un vrai avantage lorsqu’on voyage en famille.
Solenzara est également la porte d’entrée de la vallée de la Solenzara. En remontant vers Quenza et le col de Bavella, on change complètement de décor : la mer laisse place aux pins laricio, aux rochers granitiques et aux vasques naturelles de la rivière. Le détour demande du temps, mais il constitue l’un des plus beaux compléments à cet itinéraire côtier.
Le détour par les aiguilles de Bavella
Depuis Solenzara, la route départementale 268 remonte la vallée en direction du col de Bavella. Il faut prévoir environ 1 h 15 à 1 h 30 de conduite jusqu’au col, sans compter les arrêts. La route est sinueuse et certains passages sont étroits. Elle ne présente pas de difficulté particulière par temps sec, mais il faut rester vigilant avec un véhicule chargé et éviter de se fier aux temps de trajet annoncés par le GPS.
Sur le chemin, plusieurs accès permettent de rejoindre la rivière et ses piscines naturelles. Les endroits les plus faciles d’accès sont souvent les plus fréquentés en été. Pour trouver un coin plus calme, il faut parfois marcher quelques minutes sur un sentier irrégulier. Les rochers peuvent être glissants : les tongs sont rarement le meilleur choix, même si elles ont l’avantage de rappeler immédiatement qu’on est en vacances.
Le col de Bavella offre un panorama remarquable sur les aiguilles granitiques. Depuis le col, plusieurs randonnées sont possibles, dont le célèbre trou de la Bombe. Le parcours demande généralement plusieurs heures et un minimum d’habitude de la marche en montagne. Pour une simple étape panoramique, quelques minutes suffisent déjà pour mesurer le changement de paysage entre la côte et l’intérieur de l’île.
- Temps à prévoir : une demi-journée au minimum pour un aller-retour rapide depuis Solenzara.
- Meilleure période : le printemps, le début de l’été et l’automne pour marcher dans de bonnes conditions.
- À savoir : en été, les parkings du col se remplissent tôt et les orages peuvent arriver rapidement en montagne.
Les plages de Canella et de Favone
En reprenant la T10 vers le sud, la première vraie pause balnéaire peut se faire à Canella. Cette plage est connue pour son sable clair et ses eaux transparentes. Elle est plus petite que les grandes plages du sud de la Corse, ce qui lui donne un aspect plus intime, mais aussi une fréquentation importante en haute saison.
L’accès se fait depuis la route principale, avec quelques places de stationnement à proximité. En juillet et en août, mieux vaut arriver avant 9 h 30 si vous souhaitez limiter la marche entre la voiture et la plage. La baignade est agréable lorsque la mer est calme, mais la configuration de la baie ne protège pas toujours des petites vagues et du vent.
Quelques kilomètres plus loin, Favone constitue une étape plus développée. La plage est bordée par des restaurants, des locations saisonnières et des activités nautiques. Elle convient bien à une pause déjeuner ou à une journée familiale, car l’accès à l’eau est progressif. En contrepartie, le secteur perd un peu du caractère sauvage que l’on trouve dans les criques plus isolées.
Pour une journée de route équilibrée, Canella est plutôt adaptée à la baignade matinale, tandis que Favone peut servir d’arrêt pratique pour manger ou louer un kayak. Les deux plages sont proches, mais les rejoindre à pied n’est pas réaliste : la T10 reste une route circulée.
Les villages de la côte : Tarco et Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio
Le hameau de Tarco, installé au bord d’une baie, mérite un arrêt si vous aimez les petites stations côtières. La plage est facilement accessible et le secteur est moins imposant que les grandes destinations balnéaires du sud. C’est un endroit intéressant pour prendre un café, faire quelques photos et observer la succession de criques qui caractérise cette partie de la côte.
Plus au sud, Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio joue le rôle de carrefour local. Le village n’est pas construit comme un village ancien accroché à la montagne, mais il offre des commerces, une boulangerie, des restaurants et plusieurs services utiles. C’est le dernier endroit pratique pour acheter de l’eau, un pique-nique ou quelques produits corses avant de rejoindre les plages de Pinarello et de Fautea.
Depuis Sainte-Lucie, une petite route mène vers Pinarello, parfois écrit Pinarellu. La baie est bordée par une longue plage de sable et une pinède. Le décor est particulièrement agréable le matin, lorsque la lumière tombe sur la tour génoise et les bateaux au mouillage. En plein après-midi, le stationnement devient plus compliqué et certaines zones sont réservées aux clients des établissements privés.
La plage de Pinarello est bien adaptée à une baignade prolongée. On y trouve une eau peu profonde sur une partie du rivage, ce qui plaît aux familles. Il faut toutefois surveiller les enfants près des zones de mouillage et ne pas s’éloigner des secteurs autorisés pour la baignade.
La tour de Fautea et ses deux plages
La tour de Fautea est l’un des repères les plus photogéniques de la route entre Solenzara et Porto-Vecchio. Cette tour génoise se dresse sur un promontoire rocheux entre deux plages. Un sentier permet de s’approcher de l’édifice et d’obtenir une belle vue sur le littoral.
La plage de Fautea est agréable pour une baignade rapide, notamment le matin. Elle reste cependant de taille modeste. En été, l’espace disponible sur le sable se réduit rapidement. Une seconde plage, située à proximité, offre une alternative lorsque la première est trop chargée.
Le sentier vers la tour ne demande pas une grande condition physique, mais il comporte des passages rocheux et exposés au soleil. Prévoyez de l’eau, surtout si vous venez avec de jeunes enfants. La tour elle-même n’est pas toujours ouverte à la visite : l’intérêt principal réside dans le panorama et dans l’ambiance du site.
- Durée de l’arrêt : 45 minutes à 1 h 30 selon le temps consacré à la baignade.
- Accès : stationnement limité en haute saison, arrivée recommandée avant la fin de matinée.
- Photographie : la lumière du matin met particulièrement bien en valeur la tour et la baie.
Les plages de l’extrême sud-est avant Porto-Vecchio
En continuant vers Porto-Vecchio, plusieurs petites routes permettent de rejoindre des plages réputées. Saint-Cyprien est l’une des plus accessibles. Sa baie en arc de cercle, son sable clair et ses eaux peu profondes en font une destination populaire auprès des familles. Le village dispose de restaurants et de quelques commerces, ce qui permet de passer la journée sans reprendre la voiture.
Un peu plus loin, Pinarello et Saint-Cyprien sont souvent comparées, mais elles ne répondent pas exactement au même besoin. Pinarello offre une ambiance de pinède et un décor plus fermé, tandis que Saint-Cyprien dispose d’une baie plus ouverte et de services plus nombreux. Dans les deux cas, la fréquentation est forte en juillet et en août.
La plage de Palombaggia se trouve à l’ouest de Porto-Vecchio, sur une route secondaire. Elle n’est donc pas directement sur l’axe Solenzara-Porto-Vecchio, mais elle peut compléter l’itinéraire si vous restez plusieurs jours dans la région. Son sable blanc, ses rochers rouges et ses pins parasols expliquent sa réputation. Ils expliquent aussi pourquoi le stationnement et la circulation deviennent difficiles au cœur de l’été.
Pour éviter de perdre une heure dans les embouteillages, mieux vaut visiter Palombaggia tôt le matin ou hors des semaines les plus chargées. Même remarque pour Santa Giulia, autre grande plage proche de Porto-Vecchio : magnifique, mais rarement déserte en haute saison.
Porto-Vecchio, une arrivée entre vieille ville et marais salants
Après les plages, Porto-Vecchio offre un changement d’ambiance. La vieille ville est installée sur un promontoire et conserve ses remparts, ses ruelles pavées et sa citadelle. La visite ne demande pas plusieurs heures, mais elle mérite mieux qu’un simple passage en voiture.
Depuis les remparts, la vue s’ouvre sur le golfe et les étangs salins. Les ruelles du centre regroupent des restaurants, des boutiques et des terrasses. Pour éviter les menus trop touristiques, regardez les cartes affichées à l’extérieur et privilégiez les adresses qui proposent quelques spécialités corses clairement identifiées : charcuterie, aubergines à la bonifacienne, veau aux olives, fromages locaux ou fiadone.
Le stationnement dans la vieille ville est limité. En été, il est plus efficace de laisser la voiture dans un parking situé en contrebas ou à l’extérieur des remparts, puis de monter à pied. Les chaussures confortables sont recommandées : les pavés corses n’ont aucune obligation de ressembler à un trottoir parfaitement plat.
Quel itinéraire choisir selon le temps disponible ?
Si vous ne disposez que d’une journée, voici un parcours réaliste :
- Matin : départ de Solenzara, baignade à Canella ou Favone.
- Fin de matinée : arrêt à Fautea et promenade vers la tour génoise.
- Déjeuner : pause à Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio ou Pinarello.
- Après-midi : baignade à Saint-Cyprien ou découverte de la baie de Pinarello.
- Fin de journée : visite de Porto-Vecchio et promenade sur les remparts.
Pour profiter davantage des sites naturels, consacrez une journée supplémentaire à la vallée de la Solenzara et aux aiguilles de Bavella. Pour les plages les plus célèbres, prévoyez une autre journée autour de Santa Giulia et Palombaggia. Vouloir ajouter Bavella, Palombaggia et Porto-Vecchio entre le petit déjeuner et l’apéritif relève davantage du sport automobile que du voyage en Corse.
Conseils pratiques pour réussir le trajet
- En haute saison, partez avant 8 h 30 pour trouver plus facilement une place près des plages.
- Faites le plein à Solenzara ou à Sainte-Lucie si vous prévoyez des détours dans l’arrière-pays.
- Emportez de l’eau, un chapeau et des chaussures adaptées aux sentiers rocheux.
- Ne laissez rien de visible dans la voiture, particulièrement sur les parkings isolés des criques.
- Vérifiez les conditions de baignade et respectez les zones de mouillage et les éventuelles interdictions d’accès.
- En dehors de juillet et août, la route est beaucoup plus agréable et les plages révèlent un visage nettement plus paisible.
De Solenzara à Porto-Vecchio, l’intérêt du trajet ne se limite donc pas à l’arrivée. La route traverse une Corse très complète : une côte aux eaux claires, des plages familiales ou plus sauvages, des villages marins, une forêt de montagne et des panoramas granitiques. En prenant le temps de sortir de la T10, vous transformez un simple déplacement en véritable itinéraire de découverte.

