Le lac de Nino est l’un des grands classiques de la randonnée en Corse. Et ce n’est pas usurpé : autour de ce vaste plan d’eau posé à 1 743 mètres d’altitude, les pozzines dessinent un paysage étonnamment doux, presque nordique, au cœur du massif du Rotondo.
Mais attention à une idée reçue : le lac de Nino n’est pas une simple balade familiale au départ d’un parking. L’itinéraire depuis le col de Vergio reste accessible aux marcheurs habitués, mais il demande plusieurs heures, un peu de dénivelé et une météo stable. Voici ce qu’il faut savoir avant de prendre le sentier, avec un itinéraire détaillé et des conseils concrets pour profiter de la randonnée sans mauvaise surprise.
Le lac de Nino en quelques chiffres
- Point de départ : col de Vergio, à proximité de la statue du Christ-Roi et de l’hôtel du col
- Altitude du lac : environ 1 743 mètres
- Distance : environ 10 à 12 kilomètres aller-retour selon les variantes
- Durée : 4 h 30 à 6 heures de marche, pauses comprises
- Dénivelé positif : environ 600 à 700 mètres
- Difficulté : moyenne, avec quelques passages rocheux et une montée soutenue
- Balisage : itinéraire globalement bien marqué, en partie commun avec le GR20
Les chiffres varient légèrement selon le point exact où vous garez la voiture et selon que vous faites le tour complet du lac. Dans tous les cas, prévoyez une vraie demi-journée, voire davantage si vous aimez vous arrêter pour photographier les pozzines ou déjeuner au bord de l’eau.
Où commence la randonnée du lac de Nino ?
Le départ le plus fréquent se trouve au col de Vergio, sur la D84, entre la région de Porto et celle de Corte. C’est le col routier le plus haut de Corse, à environ 1 477 mètres d’altitude. Le secteur est facilement repérable : on y trouve un grand parking, des hébergements, un restaurant et la célèbre statue du Christ-Roi.
Depuis Corte, comptez environ 1 h 15 à 1 h 30 de route. Depuis Porto, il faut généralement prévoir autour d’1 h 30, selon l’état de la route et les arrêts. La chaussée est goudronnée, mais elle reste sinueuse. Les derniers kilomètres ne se négocient pas en vitesse : mieux vaut arriver dix minutes plus tard que de transformer un virage en souvenir beaucoup trop marquant.
Le stationnement est généralement possible près du col, mais les places se remplissent rapidement en juillet et en août. Pour partir au calme, essayez d’arriver avant 8 h 30. En dehors de la haute saison, le problème se pose beaucoup moins.
L’itinéraire pas à pas depuis le col de Vergio
Du parking à la forêt d’altitude
Depuis le col, suivez les indications du GR20 en direction du lac de Nino. Le sentier traverse d’abord une belle forêt de pins laricio. Cette première partie est agréable et relativement ombragée, ce qui est appréciable lors des journées chaudes de septembre.
Le chemin monte progressivement sur un terrain parfois caillouteux. Les racines et les pierres peuvent rendre la progression moins confortable, surtout après la pluie. Les chaussures de randonnée ne sont pas indispensables pour les marcheurs expérimentés par temps sec, mais elles restent vivement recommandées.
Après cette portion forestière, le paysage s’ouvre peu à peu. On commence à apercevoir les reliefs du Niolu et les crêtes environnantes. C’est aussi le moment où le soleil se fait davantage sentir : la casquette et la crème solaire ne sont pas des accessoires décoratifs, même à près de 1 500 mètres.
La montée vers Bocca San Pedru
Le sentier poursuit son ascension vers la Bocca San Pedru. Cette partie demande un effort régulier, sans être techniquement difficile. Le terrain devient plus minéral et les marques du GR20 aident à garder la bonne direction.
La pente peut sembler plus raide par endroits, notamment lorsque le sentier serpente entre les rochers. Prenez votre temps : la randonnée n’est pas une course et le lac ne va pas disparaître avant votre arrivée. Une allure régulière permet de conserver de l’énergie pour le retour, qui comporte lui aussi quelques montées.
Depuis les hauteurs, les panoramas commencent à devenir intéressants. Par temps clair, la vue s’étend vers les montagnes du centre de la Corse, avec de nombreux sommets reconnaissables pour peu que l’on prenne le temps de sortir la carte. Le réseau téléphonique peut être irrégulier : téléchargez votre itinéraire hors ligne avant de partir.
L’arrivée sur le plateau du lac de Nino
Une fois les dernières difficultés franchies, le sentier débouche sur un paysage beaucoup plus ouvert. Le lac apparaît au milieu d’un vaste plateau herbeux, entouré de pozzines. Ces petites mares reliées entre elles par des filets d’eau forment un décor très particulier, typique des hauts plateaux corses.
Le lac de Nino n’a pas l’aspect spectaculaire d’un lac encaissé entre des parois verticales. Son charme est ailleurs : l’espace, les herbes, les chevaux ou les bovins en liberté, les eaux calmes et cette impression d’être arrivé dans un coin isolé du monde. C’est un paysage qui invite davantage à s’asseoir qu’à multiplier les selfies en équilibre sur un rocher.
Le sentier arrive généralement sur la rive sud ou sud-est du lac. Prenez le temps de marcher un peu autour de l’eau, en restant sur les passages existants afin de ne pas piétiner les pozzines. Le site est fragile. Les zones humides se dégradent vite sous les passages répétés, surtout lorsque le sol est détrempé.
Faut-il faire le tour du lac ?
Le tour du lac peut compléter agréablement la randonnée, mais il ne faut pas toujours s’attendre à un chemin parfaitement évident. Certains passages sont humides, d’autres traversent des zones herbeuses où les traces se dispersent.
Comptez environ 30 à 45 minutes supplémentaires selon votre allure et l’état du terrain. Le tour permet de changer de point de vue et de mieux comprendre l’organisation du plateau. En revanche, par temps de brouillard, il est préférable de rester prudent et de ne pas s’éloigner inutilement de l’itinéraire principal.
Pour une pause déjeuner, les abords du lac sont tentants. Choisissez un emplacement sec, éloigné des zones humides et des troupeaux. Ne laissez évidemment aucun déchet et évitez de vous baigner : l’eau est froide, l’environnement est sensible et le site n’est pas aménagé pour cela.
Quel niveau de difficulté pour cette randonnée ?
La randonnée du lac de Nino depuis Vergio est souvent classée comme moyenne. Cette appréciation est correcte pour un adulte habitué à marcher en montagne, mais elle peut être sous-estimée par des visiteurs peu entraînés.
- La distance aller-retour dépasse facilement les 10 kilomètres.
- Le dénivelé est conséquent, même si la montée est répartie sur plusieurs portions.
- Le sol est irrégulier et parfois glissant après la pluie.
- Il y a peu d’ombre sur le plateau.
- Le vent et la température peuvent changer rapidement.
Avec des enfants, la randonnée est envisageable si ceux-ci ont l’habitude de marcher plusieurs heures. Pour de jeunes enfants portés, le terrain est nettement moins pratique qu’un sentier forestier classique. Un porte-bébé de randonnée est préférable à une poussette, qui n’a absolument rien à faire ici.
Les chiens doivent être tenus sous contrôle, notamment en présence des animaux en liberté. Certaines périodes peuvent aussi être déconseillées selon les conditions météorologiques ou la présence de neige.
Quelle est la meilleure période pour découvrir le lac de Nino ?
La période la plus simple s’étend généralement de juin à octobre, mais chaque mois a ses particularités.
En juin, la fonte des neiges peut encore compliquer certains passages. Les pozzines sont souvent bien alimentées en eau et le paysage est très vert, mais renseignez-vous sur les conditions du sentier avant de partir.
Juillet et août offrent les journées les plus longues et les conditions les plus stables. C’est aussi la période la plus fréquentée. Un départ matinal permet d’éviter la chaleur et de profiter d’un peu de tranquillité au bord du lac.
Septembre et début octobre sont souvent mes périodes préférées. La fréquentation baisse, la lumière est belle et les températures sont plus agréables pour marcher. Il faut toutefois surveiller les prévisions, car les journées raccourcissent rapidement en altitude.
En hiver et au début du printemps, l’itinéraire peut être enneigé. Le balisage devient parfois difficile à suivre et le matériel nécessaire n’est plus celui d’une randonnée estivale. Sans expérience de la montagne hivernale, mieux vaut choisir une autre balade.
Que mettre dans le sac ?
Ne partez pas avec une simple bouteille d’eau et un sandwich emballé à la hâte. Le parcours est isolé et les points de ravitaillement sont inexistants une fois sur le sentier.
- Prévoir au moins 1,5 litre d’eau par personne, davantage en plein été.
- Emporter un pique-nique consistant et quelques encas énergétiques.
- Porter des chaussures adaptées avec une semelle qui accroche.
- Ajouter une veste coupe-vent, même par beau temps au départ.
- Prendre une casquette, de la crème solaire et des lunettes de soleil.
- Glisser une petite trousse de premiers secours dans le sac.
- Télécharger la carte ou l’itinéraire avant de perdre le réseau.
- Prévoir un sac pour rapporter ses déchets.
Une carte papier reste utile. Le brouillard peut tomber rapidement sur les crêtes, et la batterie du téléphone n’aime ni le froid ni les longues journées de navigation GPS. Une batterie externe légère peut également éviter une mauvaise surprise.
Les erreurs à éviter sur le parcours
La première erreur consiste à se fier uniquement à la distance annoncée. Dix kilomètres en montagne ne se parcourent pas au même rythme que dix kilomètres sur une route plate. Ajoutez les pauses, les photos et les petites hésitations : une sortie annoncée en quatre heures peut facilement en prendre cinq ou six.
La deuxième est de partir trop tard. En été, la chaleur devient pénible sur le plateau et les orages peuvent se former en cours d’après-midi. Consultez la météo montagne, pas seulement la météo de la plage la plus proche. À cette altitude, les conditions n’ont parfois rien à voir avec celles de Corte ou de Porto.
Enfin, ne quittez pas les sentiers pour vous rapprocher au maximum de l’eau ou d’un troupeau. Les pozzines sont fragiles et les animaux restent imprévisibles, surtout si des jeunes sont présents. Gardez une distance raisonnable et ne cherchez pas à les nourrir.
Que voir autour du col de Vergio ?
Le col de Vergio constitue une bonne base pour découvrir d’autres paysages du centre de la Corse. La forêt d’Aïtone, située du côté d’Évisa, offre plusieurs promenades agréables entre les pins laricio. Les piscines naturelles de la rivière sont appréciées en été, mais l’eau reste fraîche, même lorsque la chaleur est forte dans les villages.
En redescendant vers le Niolu, les villages de Calacuccia, Corscia et Albertacce permettent de prolonger la découverte de l’intérieur corse. Vous y trouverez des paysages plus ruraux et des adresses simples pour manger, loin de l’agitation du littoral.
Si vous prévoyez une nuit dans le secteur, réservez en haute saison. Les hébergements autour du col et dans les villages voisins sont moins nombreux que sur la côte. C’est un détail pratique, mais il vaut mieux le savoir avant de se retrouver à chercher une chambre à 20 heures après six heures de marche.
Mon avis sur la randonnée du lac de Nino
Le lac de Nino mérite sa réputation, à condition de l’aborder comme une vraie randonnée de montagne et non comme une promenade touristique. L’itinéraire offre une belle variété de paysages : forêt, passages rocheux, crêtes et vaste plateau humide autour du lac.
Ce que j’apprécie particulièrement, c’est le changement d’ambiance à l’arrivée. Après la montée, le plateau s’ouvre brusquement et le paysage devient presque paisible. Les pozzines, les chevaux et les montagnes donnent au site une personnalité différente de celle des lacs corses plus encaissés.
Partez tôt, équipez-vous correctement, vérifiez la météo et gardez du temps pour profiter du lieu. C’est la meilleure façon de découvrir le lac de Nino sans transformer cette belle journée en épreuve d’endurance improvisée.

